Depuis quelques mois, les matières premières sont impactées par une pénurie mondiale et par une inflation des prix. D’abord l’acier, le PVC ou encore le bois : c’est ce qui explique pourquoi la pénurie a d’abord été très visible dans le secteur du bâtiment. Mais elle se fait aussi sentir dans bien des filières industrielles ou agroalimentaires, avec des conséquences aujourd’hui sur le budget des particuliers. Mais qu’en est-il des effets sur le cours des métaux précieux comme l’or et l’argent ?

Pénurie des matières premières : pourquoi une inflation des prix ? 

La crise des matières est liée à la crise sanitaire, mais pas seulement

Même si elle est de plus en plus évoquée dans les médias, cette pénurie n’est pas récente : les prix de certaines matières premières augmentaient déjà à la fin de l’année 2020. Mais depuis près d’un an, l’inflation qui a suivi est de plus en plus marquée. Plusieurs raisons à retenir :

  • un approvisionnement à l’arrêt, notamment en Chine, dans les premiers mois de la crise sanitaire ;
  • un rebond économique beaucoup plus fort qu’attendu, d’abord en Chine puis aux États-Unis, qui ont accaparé les marchés mondiaux dès 2020 ;
  • des difficultés logistiques, une véritable surchauffe du trafic maritime et des coûts de transport qui augmentent. 

L’économiste Thierry Vanelslander cite un « double mouvement de rattrapage » qui s’est produit après les confinements : « Il a fallu expédier en même temps les nouvelles commandes et les produits déjà commandés, et de nombreuses entreprises ont voulu accroître leurs stocks ».

Le COVID-19 n’est pas le seul responsable de la pénurie : certaines tensions géopolitiques ou encore des difficultés climatiques ont pu entraîner des répercussions sur des marchés spécifiques. Parmi elles, la sécheresse au Brésil a impacté le cours du maïs, les tensions entre la Chine et l’Australie ont eu un effet sur ceux de l’orge et du charbon… Ce sont finalement plusieurs rouages du système qui ne tournent plus comme ils le devraient. 

Quels sont les secteurs d’activité impactés par la pénurie et l’inflation des prix ? 

S’il a d’abord été question du bâtiment qui l’un des grands consommateurs de matières premières comme le bois, l’acier ou l’aluminium, c’est désormais toute l’industrie qui est impactée : jouets, voitures, matériel électronique, ameublement, textile, de nombreux rayons dans les magasins pourraient être frappés par cette pénurie.

Cours de l'acier sur la période 2012/2021 - Boursorama
Cours du cuivre sur la période 2012/2021 - Les Echos

Qui dit pénurie, dit également flambée des prix pour le budget des particuliers. Pour cette rentrée 2021, nombreux sont les médias qui se font l’écho de la hausse des prix dans le secteur alimentaire avec comme principale raison le manque des matières premières. Autres hausses significatives, celles des prix de l’énergie comme le carburant : Le cours du pétrole a ramené le prix à la pompe à des niveaux observés avant la crise sanitaire. Mais les tarifs de l’électricité et du gaz flambent aussi. Selon le médiateur de l’énergie « nous arrivons à des niveaux de prix que nous n’avions jamais atteints pour le gaz ».

Pénurie et inflation : quel impact sur le cours de l’or et de l’argent ? 

Après le plus fort de la crise sanitaire, nous arrivons donc à une période d’inflation. Tous les prix augmentent, depuis les matières premières jusqu’aux produits finis et à l’énergie. Le cours de l’or devrait être impacté à la hausse aussi, mais pas uniquement en raison de la situation économique. Il faut aussi se pencher sur le rôle de l’industrie. 

Le rôle de l’inflation sur le cours de l’or

Le spectre de l’inflation, redouté cet été, est donc bien confirmé. Nous sommes dans une période d’inflation dès lors qu’il faut plus de monnaie pour acheter un bien : matières premières, produits finis. La valeur de ce bien augmente mais la valeur de la monnaie quant à elle baisse. Cela s’applique aussi au cours de l’or : il faudra plus de monnaie pour acheter une once d’or

Mais qui dit inflation, dit taux d’intérêts : c’est l’autre notion sur laquelle il faut garder un œil. Pour freiner l’inflation, les taux d’intérêts peuvent être augmentés. En général, cela met la pression sur le cours de l’or puisque les placements obligataires ou d’emprunts d’État redeviennent attractifs pour le long terme, en concurrence avec l’or. Mais ce levier a pour effet de limiter l’inflation en freinant la machine économique. Et là, c’est la bourse qui peut être impactée négativement. L’or reprendrait alors son rôle de valeur refuge

Le rôle de l’industrie sur les cours de l’or et de l’argent

Les métaux précieux comme l’or et l’argent sont à la fois des actifs financiers et des matières premières. Il ne faut donc pas oublier leur rôle dans les industries, surtout dans un contexte où la demande (et les prix) augmente de plus en plus pour certaines matières premières. 

Ainsi, le cours de l’argent est fortement corrélé à l’appétit des industries. La moitié de la demande en argent dans le monde est liée à l’activité industrielle, notamment celles de pointe. Les équipements électroniques, photovoltaïques, médicaux ou encore les nanotechnologies sont très friands des propriétés du métal précieux. Le Silver Institute relevait déjà une hausse de la demande avant même la crise sanitaire. Pour l’année 2021, l’organisation tablait ainsi sur une hausse de 15 % par rapport à 2020, soit 1033 millions d’onces d’argent sur l’année. 

Cet appétit des industries ne se limite pas à l’argent. Le métal or est tout aussi recherché pour ses propriétés physiques et chimiques. Dans le domaine médical comme dans l’électronique – ou même l’aérospatial -, ce métal est présent dans bien des produits finis. Sur l’année 2020, la demande industrielle en or représente ainsi 301,9 tonnes, contre 326 tonnes en 2019. Et sur les deux premiers trimestres 2021, les chiffres du World Gold Council montrent une demande de 161 tonnes d’or, sur des niveaux de 2019 donc.

À la demande en hausse, il faut ajouter la raréfaction des ressources. On est sur un schéma d’épuisement inévitable : les gisements d’or et d’argent se font de plus en plus rares, et ils se font aussi de moins en moins exploitables. Les coûts d’exploitation ou de recyclage sont donc plus élevés  ce qui impacte directement le prix de l’or. S’il faut y ajouter l’impact de l’inflation sur les salaires des mineurs, on arrive à un prix de plus en plus élevé. 

Avec une économie sans doute repartie trop vite et trop fort après les confinements, les métaux précieux sont donc tout aussi impactés. La pénurie des matières premières est le grain de sable dans les rouages du système déjà mis à mal par la crise sanitaire.


Mathieu Devaux-Sabarros

Digital Content Manager chez VeraCash.
Je suis un communicant curieux au service de la pédagogie 🤓

Découvrir plus d'articles
%d blogueurs aiment cette page :